L'artiste
Robert Platania
Né en 1931


C'est dans un atelier de photographie baigné par la lumière méditerranéenne que tout commence. Robert a douze ans quand il plonge les mains pour la première fois dans les bacs du laboratoire de son père. Révélateur, fixateur, eau. Dans la pénombre rouge de la chambre noire, il assiste à ce miracle quotidien : une image qui émerge du néant. Mais le garçon veut aller plus loin que la captation. Sur les agrandissements à peine secs, il commence à poser du pastel. Des portraits d'enfants, rehaussés à la main, où la couleur chair prend vie sous ses doigts, où le bleu d'un vêtement vibre soudain contre le grain du papier mat. C'est un geste fondateur. Entre la précision photographique et l'élan du pigment, Robert découvre les deux forces qui guideront toute son œuvre : la rigueur de l'observation et la liberté de la couleur.
À dix-sept ans, il rejoint la France. La vie déploie ses propres compositions, imprévisibles, exigeantes. Pendant des décennies, Robert bâtit, entreprend, traverse le siècle avec l'énergie de ceux qui portent en eux plusieurs terres. Mais l'œil ne dort jamais. Chaque passage à Paris est un pèlerinage silencieux dans les galeries du huitième arrondissement, chaque exposition une conversation intime avec la peinture qui l'attend.
Le tournant arrive à soixante-dix ans. Ce qui ressemblait à une parenthèse se révèle être un prélude. Robert reprend les pinceaux et ne les lâchera plus. D'abord dans une école de peinture locale, puis seul, des heures durant, avec la discipline farouche d'un homme qui sait que le temps est devenu son matériau le plus précieux. Il étudie Giancarlo Bargognone, dont la gestuelle italienne résonne avec sa propre mémoire méditerranéenne. Il explore Brian Rottenberg, plonge dans l'expressionnisme américain des années cinquante, absorbe tout ce qui vibre, tout ce qui ose.
Du pastel délicat de l'adolescence, sa main évolue vers le couteau à palette. Le geste s'élargit, s'épaissit, se libère. Les empâtements deviennent des paysages en relief, les rouges incandescents surgissent de fonds noirs abyssaux comme la lave perçant la croûte terrestre. Ses toiles ne représentent pas le feu. Elles brûlent.
L'abstrait, pour Robert, n'est pas une fuite vers le vague. C'est l'inverse : une confrontation directe avec l'essentiel. Là où le figuratif décrit, l'abstrait exige. Il faut oser le premier geste sur la toile blanche, accepter que l'inspiration ne se commande pas, que la matière a ses propres intentions.
Je peins jusqu'à ce que la toile me brûle les doigts
Plus de quatre-vingts ans séparent le gamin de douze ans qui posait du pastel sur des portraits en chambre noire et le peintre qui attaque la toile au couteau. Le cercle s'est refermé avec une cohérence inattendue : à douze ans comme aujourd'hui, Robert Platania fait la même chose. Il met de la couleur là où il n'y en avait pas.